Le jour où j'ai basculé de l'autre côté.
C'est au début de ma vie de médecin, à la fin de mon internat, que mon univers a basculé : mon fils a été diagnostiqué diabétique. Ma première expérience de « l'autre côté », en tant que proche de patient, a été bouleversante. J'ai été profondément choquée par la froideur de l'application des protocoles. En tant que mère, mes observations et mes remarques sur mon propre enfant n'étaient pas prises en compte. La machine médicale déroulait ses grilles de lecture sans voir l'individu. Si vous avez déjà eu le sentiment, en sortant d'une consultation, de ne pas avoir été vraiment entendu — que votre cas particulier a été plié dans une case générale — cet article est pour vous.
De Lublin à Strasbourg : le socle d'une médecine classique
Mon parcours a débuté en 2001 à Lublin, en Pologne, où j'ai commencé mes études de médecine. Portée par la curiosité et l'envie de voyager, j'ai passé un an à Lille dans le cadre du programme Erasmus. Séduite, je suis revenue en France après la validation de mon premier cycle. Après une année blanche dédiée au perfectionnement de la langue, j'ai passé le concours de l'internat (ECN) et j'ai rejoint Strasbourg pour y faire mes armes. Cette formation classique reste le socle de ma pratique aujourd'hui — c'est elle qui me permet de savoir précisément quand l'allopathie est nécessaire, et de ne jamais la négliger quand elle l'est.
Le dilemme : continuer ou arrêter
En 2015, après avoir obtenu mon diplôme et cumulé trois ans de remplacements, je me suis retrouvée face à un dilemme douloureux : continuer ou arrêter la médecine? Je ne me voyais pas passer ma vie à prescrire des médicaments « anti » (anti-inflammatoires, anti-hypertenseurs, antidépresseurs...) sans me poser plus de questions. Je refusais de voir les patients comme une masse uniforme à laquelle on applique froidement un protocole standardisé.
La découverte de l'endobiogénie : comprendre le terrain
C'est à ce moment crucial que j'ai découvert l'endobiogénie. Cette formation de trois ans à Paris a été un émerveillement à chaque session. Conçue par des médecins pour des médecins, elle m'a appris la physiologie d'une façon beaucoup plus approfondie qu'à la faculté. L'endobiogénie repose sur un principe clé : l'organisme est piloté par le système neuro-hormonal — un ensemble de signaux électriques et chimiques qui communiquent en permanence pour maintenir l'équilibre du corps. Un déséquilibre de ce système central mène aux dysfonctionnements de l'organisme, qu'il s'agisse de troubles fonctionnels ou de maladies chroniques.
- La plante médicinale devient notre outil thérapeutique de choix : là où l'organisme en a encore la capacité, elle permet une régulation douce pour ramener le corps à l'équilibre.
- L'allopathie: (la médecine classique), quant à elle, reste indispensable. Mais elle est toujours adaptée à la problématique globale que l'on a comprise, et non uniquement au symptôme exprimé, et réservée aux situations où le déséquilibre est trop lourd.
Concrètement, cela veut dire qu'un même symptôme — une fatigue, un trouble du sommeil, une tension — n'aura jamais la même origine, ni le même traitement, d'une personne à l'autre. On cherche le déséquilibre derrière le symptôme, pas seulement le symptôme lui-même.
Aller plus loin : intégrer le psychisme et le corps
Pourtant, après quelques années de pratique, je suis arrivée à une nouvelle conclusion : si la commande neuro-hormonale — ce dialogue permanent entre cerveau, glandes et hormones qui pilote notre équilibre — est constamment perturbée et déréglée par le stress, les tentatives de retour à l'équilibre resteront vaines. Il me fallait chercher plus loin. Je me suis alors formée pendant trois ans à la psychosomatique intégrative pour agir sur les causes psychiques de ces déséquilibres. J'ai commencé à proposer des prises en charge psychothérapeutiques. C'est une démarche exigeante pour le patient, et souvent indispensable. Cependant, j'ai fait un nouveau constat sur le terrain : certaines personnes ont beau faire un travail analytique en profondeur, cela ne change pas forcément leur état global, que la manifestation de leur déséquilibre soit physique ou psychique. En réalité, chez les personnes neuroatypiques ou ayant vécu un traumatisme, le système nerveux est si réactif qu'il s'emballe sous l'effet du stress et réagit avant même qu'elles n'aient le temps de réfléchir. Pour ces profils, l'efficacité d'un travail purement verbal s'avère ainsi limitée.
Autrement dit : comprendre pourquoi on réagit ainsi ne suffit pas toujours à changer la réaction elle-même.
Le système nerveux comme premier gestionnaire : la cohérence cardiaque
L'évidence s'est imposée : le premier gestionnaire à réguler, c'est le système nerveux autonome — celui qui pilote, sans que nous y pensions, notre respiration, notre rythme cardiaque, notre digestion. Les approches psychocorporelles et l'activité physique sont des moyens puissants pour l'influencer et l'apaiser. Parmi elles, la cohérence cardiaque s'est imposée comme un outil précieux. Simple en apparence, elle s'avère pourtant complexe dans sa mise en œuvre, car elle demande au patient un réel engagement et une régularité pour s'inscrire dans le temps. Ma formation récente, couplée à un équipement en logiciel de biofeedback, me permet aujourd'hui de compléter mon accompagnement en proposant ce moyen concret de régulation du système nerveux.
Une nouvelle étape
Ces dix années de pratique à Brumath ont nourri, façonné et fait avancer cette réflexion. Je tiens à remercier chaleureusement tous mes patients pour leur confiance et leur enthousiasme à différents stades de ce cheminement. Mon installation à Wiwersheim marque aujourd'hui une nouvelle étape. Ce voyage médical et humain est loin d'être fini — je suppose d'ailleurs qu'il ne le sera jamais. Regarder le chemin parcouru me conforte dans le choix que j'ai fait, il y a dix ans, de réinventer ma manière de pratiquer la médecine. Ma porte reste grande ouverte à ceux qui, comme moi, cherchent des réponses au-delà du symptôme — qu'il s'agisse de mes anciens patients ou des nouveaux visages que je m'apprête à rencontrer. Si cette approche vous parle, prenez rendez-vous pour en discuter. Dans les prochains articles, j'aimerais explorer deux sujets qui me tiennent particulièrement à cœur : l'épuisement lié à notre façon de fonctionner dans la société actuelle — chez les personnes neuroatypiques, mais pas seulement — et l'impact de cette évolution de notre système nerveux sur la santé hormonale des femmes.